Valérie Girard, Journal Le Reflet, 14 mai 2010 – DELSON – Marc-Antoine Cloutier ne compte plus les heures qu’il consacre à ses différentes implications. Plus facile de compter celles qu’il passe à dormir : à peine quatre ou cinq heures par nuit. Voilà qu’il pourrait se voir récompensé pour tous ses sacrifices, le 1er juin.

Le Constantin est en lice pour recevoir le prix Jeune leader d’affaires du Québec socialement responsable dans le cadre du concours ARISTA de la Jeune chambre de commerce de Montréal. À 21 ans, il est l’un des plus jeunes nominés de l’histoire du concours.

«Je suis honoré. C’est un des plus prestigieux prix remis à la relève entrepreneuriale», se réjouit-il.

C’est à titre de président-directeur général et fondateur de la clinique juridique Juripop, qui a vu le jour il y a près d’un an à Sainte-Catherine, que le jeune homme est mis en nomination. L’organisme soutient les individus non admissibles à l’aide juridique n’ayant pas les moyens de faire respecter leurs droits. Une personne gagnant un salaire de plus de 18 303 $ n’est pas accessible à cette aide gouvernementale.

«Pour une bonne partie de la population, les droits prévus dans les lois ne sont que des mythes. Ce sont des feuilles vides de sens parce qu’ils n’ont pas les moyens de se défendre», martèle le directeur, faisant valoir que sa clinique est la seule au Québec à offrir un service de représentation en cour.

Mais si sa nomination vise à souligner cette initiative, la feuille de route de Marc-Antoine Cloutier ne se limite pas qu’à ce projet. En effet, l’étudiant en droit à l’Université du Québec à Montréal cumule plusieurs fonctions. En plus des nombreuses heures qu’il passe à Juripop chaque semaine, il est aussi vice-président du complexe le Partage à La Prairie et responsable des communications à l’exécutif national des jeunes du Bloc québécois. Et ce, c’est sans compter ses quelque 20 heures hebdomadaires à titre d’attaché de presse du député provincial de La Prairie, François Rebello.

«Ça a toujours été un truc important pour moi de m’impliquer. Je ne sais pas vraiment d’où ça vient. C’est en moi. Au secondaire, je pouvais animer, gagner des prix et jouer de la musique au cours du même gala», se rappelle-t-il.

L’accessibilité à la justice est la cause qui lui tient le plus à cœur. En classe, il a toujours été celui qui «défend n’importe qui n’importe quand». Cette valeur lui vient certainement de sa jeune sœur, atteinte d’une légère déficience intellectuelle.

«Ma mère a toujours dû se battre pour elle. À l’école, soit ils la mettaient dans une classe pour autistes, où elle régressait, soit elle était dans une classe régulière sans accompagnement, où elle dérangeait», se souvient-il.

Pour elle, il a même joué les entraîneurs de soccer, l’été dernier. «Ma mère est arrivée à la maison en me disant : s’il n’y a pas de coach, elle ne peut pas jouer. J’ai regardé mon père et je lui ai dit : est-ce qu’on le fait?», raconte celui qui, selon ses amis, ne refuse jamais d’aider son prochain. n

Une chance unique

L’horaire de Marc-André Cloutier a de quoi impressionner. Il commence ses journées vers 6 h pour les terminer parfois 20 heures plus tard. Mais il est loin de s’en plaindre. Son rythme de vie lui plaît.

«J’ai un ami qui me dit souvent que je passe à côté de ma vie. Au contraire, je la vis à 100 milles à l’heure. J’ai toujours un projet, quelque chose de super motivant. Au fond, c’est relatif vivre sa vie. Moi, je considère qu’il faut absorber toutes les expériences qu’il nous est données de vivre et pousser ses rêves et ses convictions jusqu’au bout de ce qu’on est capables de donner. Et la clef, c’est de le faire avec le plaisir», lance celui qui garde de bons souvenirs de toutes les rencontres qu’il a effectuées, notamment celle avec Al Gore il y a quelques années.

Mais alors que se déroule présentement la Semaine de la santé mentale, il y a lieu de se questionner sur les limites d’un tel rythme de vie. Le principal intéressé se fait rassurant. «Je suis conscient du danger qui me guette, avoue-t-il. Par contre, je suis assez solide. Et quand je me sens glisser, je prends une pause.»

Pour l’avenir, le jeune homme n’a pas encore de plan précis. Chose certaine, bien qu’il se prépare à emménager à Montréal, c’est en campagne qu’il s’installera pour de bon d’ici quelques années. D’ailleurs, il n’écarte pas la possibilité de pratiquer le droit agricole. «Il n’y a pas de meilleur moment que de marcher dans un champ de laitue à 6 h et demi du matin», rêvasse celui qui a passé le plus clair de ses étés sur la ferme. (VG)