À tous les amis, employés, membres, administrateurs de Juripop,

J’ai fait part à l’équipe de Juripop le 21 avril dernier de mon départ à titre de directeur général de la Clinique juridique Juripop. C’est ainsi que le 30 juin prochain, je mettrai fin à une majeure partie de ce qui est à ce jour la plus grande aventure de ma vie, bien que j’assurerai une transition en bonne et due forme. Après huit ans de travail dédié à la lutte pour un meilleur accès à la justice pour tous, il est temps pour moi d’entamer un nouveau chapitre de ma vie. Juripop a de belles années devant elle. Il s’agit donc d’un bon moment pour moi de céder ma place à une nouvelle direction générale. C’est une décision que je n’ai pas prise à la légère, que je soupèse depuis un certain temps, mais qui est néanmoins pour moi inévitable. En bref, malgré ma ferme intention de continuer à contribuer à Juripop sous un autre rôle, je souhaite faire un grand saut et me confronter à de nouveaux défis.

Juripop va bien, et pourra pour l’avenir, être dirigée au quotidien autrement que par l’un de ses fondateurs, ce qui en dit long sur la pérennité de ses activités.

Malheureusement, la situation est différente pour l’accès à la justice. Quelque 55% des justiciables se représentent seuls en cour civile, un chiffre qui semble souffrir une hausse constante. Les besoins juridiques de la majorité des citoyens ne sont pas satisfaits. Les organismes qui œuvrent dans le domaine rivalisent de créativité pour survivre en l’absence d’un réel soutien financier, alors même qu’ils remplissent une des missions fondamentales de l’État. Malheureusement, la situation n’aura que très peu évolué depuis l’ouverture de Juripop en 2009, malgré la multiplication des initiatives et notre lutte acharnée. Les forces d’inertie dans le milieu juridique sont parmi les plus fortes que j’ai rencontrées, et la volonté politique pour changer la situation est à proprement dit inexistante. Certes, les seuils d’admissibilité à l’aide juridique ont été haussés, et le Fond Accès Justice a enfin été débloqué, mais nous sommes loin de la coupe aux lèvres. Un changement en profondeur doit s’opérer pour que le système de justice se tourne résolument vers les besoins des citoyens. Les juristes en débattent certes entre eux, mais les réformes attendent toujours.

L’accès à la justice n’est pas un luxe, comme ce l’est perçu par plusieurs. Au cours des trois prochaines années, 12 millions de Canadiens connaîtront au moins un problème juridique (Currie, 2007, p. 2). Or, on se pose souvent la question à savoir quelles sont les sources du cynisme ambiant tant commenté dans nos sociétés. Au premier rang, tous porteront le blâme d’abord et avant tout sur les politiciens et les « élites ». Sans enlever quelque crédibilité à cette thèse, j’émets l’hypothèse que le manque d’accès à la justice se classe aussi parmi les premiers facteurs d’un cynisme qui va en augmentant. Le sentiment d’injustice et d’impuissance est parmi les plus corrosifs pour notre tissu social. Ce ne sont pas les seules réformes d’urgence et de simple rattrapage comme celles à la suite de l’arrêt Jordan qui y changeront grand-chose. Notre société, nos sociétés dirais-je même, doivent se doter d’une vraie vision quant au rôle du système de justice dans notre société.

Il faut tout de même entretenir l’optimisme! Depuis 2009, de nombreuses initiatives mêlant entrepreneuriat, préoccupation sociale et technologie ont vu le jour, et les futurs avocats et notaires n’ont jamais été aussi conscient de la responsabilité personnelle qu’ils ont de contribuer à améliorer la situation. C’est cette vision qui doit prévaloir. La personne qui me succédera à ce poste crucial pour l’organisme se doit de continuer à proposer des projets et des initiatives qui redonnent confiance au citoyen quant à notre système de justice. C’est là le moteur premier de notre action.

Il est par ailleurs réjouissant de voir une course à la direction du Barreau du Québec au sein de laquelle tant d’idées novatrices sont mises de l’avant. J’espère seulement que ces dernières ne demeureront pas que des promesses vides d’action concrète. En matière de justice, ce ne serait pas la première fois que le discours demeure au simple stade d’énoncé d’intention.

Je crois fermement que la solution à long terme réside dans l’assurance juridique universelle. Voilà peut-être ce que plusieurs qualifieraient d’utopie. En toute humilité, c’était là un commentaire récurrent depuis les premières années de Juripop et il est donc permis d’y croire.

Je tiens à remercier l’ensemble de l’équipe, des bénévoles et des administrateurs de Juripop pour leur dévouement à l’accès à la justice et huit ans d’un bonheur professionnel précieux. Juripop, ce sont des têtes et des cœurs qui travaillent chaque jour d’arrache-pied au profit du mieux, pour leurs clients et pour l’avenir. L’organisme ne serait pas grand-chose sans leur apport. Je salue le collègue, comparse et ami, Marc-Antoine, avec qui il est toujours permis de rêver. Je tiens à remercier aussi vivement la Chambre des notaires du Québec, partenaire principal de Juripop, ainsi que tous les autres, nombreux et au soutien indéfectible. Un tel organisme ne survivrait pas sans leur fidélité.

À très bientôt, et longue vie à Juripop!

Solidairement

Me Julien David-Pelletier
Co-fondateur & Directeur général

Crédit-photo: Portraits de/of Montréal